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samedi 19 janvier 2019

La malédiction des Médicis T.1 : Le prince sans couronne

Titre : La malédiction des Médicis T.1 : Le prince sans couronne
Auteur : Patrick Pesnot
Édition : Archipoche
Pages : 400
Note : 4.5 / 5
1492. La foudre s'abat sur Florence. Savonarole, le moine fanatique, a vu le glaive de Dieu déchirer le ciel toscan. La ville expie pour les péchés du Magnifique. Lorenzo se meurt. Le premier des Florentins se retourne une dernière fois sur son flamboyant passé. Maître incontesté de la ville-lumière de son époque, il revoit les êtres qui ont peuplé son existence: ses ancêtres qui ont contribué à le hisser au faîte du pouvoir, ses ennemis qu'il a affrontés l'épée à la main, le pape qui a tenté de le faire assassiner, les illustres peintres, sculpteurs, poètes et philosophes, amis et protégés, qui ont embelli sa vie et fait de Florence un joyau incomparable en Europe. Et les femmes! Toutes ces femmes qu'il a aimé avec autant de fureur que de tendresse. Muses et amantes. Les plus humbles comme les plus célèbres. Lucrezia, Simonetta, Bartolomea...
Le Magnifique ferme les yeux. Pourquoi meurt-il si tôt? Nul ne pourra effacer la trace de l'homme qui a inventé la Renaissance.


Avis de Cyrlight



La malédiction des Médicis est un roman historique ayant pour théâtre la belle ville de Florence, et pour cadre la Renaissance italienne. Le titre de ce premier tome, Le prince sans couronne, fait écho à son personnage principal, Lorenzo de Medici, simple banquier sans aucun titre, dont la famille a su s’élever dans les sphères du pouvoir.

Ce roman est tout simplement un coup de cœur. Comme je me passionne pour cette période historique, j’ai eu l’occasion de lire beaucoup d’œuvres traitant du sujet, mais aucune ne m’a autant emballée que celle-ci.

La plume de l’auteur est assez simple, peut-être un peu trop, mais cela offre au texte une fluidité qui permet de se concentrer davantage sur le contenu que sur le style, ce qui n’est pas plus mal, car il renferme une grande richesse historique.

À ce niveau, le livre m’a paru dans l’ensemble assez fiable. Évidemment, ce n’est pas un documentaire et l’auteur a sans doute pris quelques libertés pour romancer la vie de Lorenzo, mais rien qui ne m’ait fait tiquer par rapport à mes connaissances de l’époque.

On (re)découvre entre ces pages les évènements et les grands noms qui ont marqué la Toscane du XVème siècle, de Cosimo de Medici à Sandro Botticelli, en passant par Leonardo da Vinci et la conjuration des Pazzi... Tout y est. La seule chose que je déplorerai est le fait que le roman se concentre un peu trop sur Lorenzo, mais sans doute aurait-il été trop dense si l’auteur s’était autant attardé sur tous les personnages.

Personnages accessoirement fort bien réussis, en dépit de cela. Le charisme du Magnifique est parfaitement exprimé, on tombe sous le charme de l’insouciant Giuliano, on perçoit l’aura menaçante du pape Sixte IV, prêt à tout pour ébranler le pouvoir des Medici... À titre personnel, j’ai particulièrement apprécié que les noms soient en italien, et non francisés comme dans la plupart de mes précédentes lectures.

Je recommande chaudement ce roman à tous les passionnés, mais il peut également convenir aux non-initiés, puisqu’il est très simple à lire et permet de se familiariser avec l’univers de la Renaissance italienne, et surtout avec l’une des familles les plus puissantes de l’époque. Un régal !


Coup de ♥ 

jeudi 20 décembre 2018

Cesare T.7

Titre : Cesare T.7
Auteur : Fuyumi Soryo
Édition : Ki-oon
Pages : 194
Note : 4.5 / 5
Naïf et studieux, Angelo da Canossa n’est guère armé pour la vie d’étudiant à l’université de Pise, lieu d’intrigues et de tensions dans l’Italie de la Renaissance. Son innocence résistera-t-elle à sa rencontre avec Cesare Borgia, rejeton d’une famille à la réputation sulfureuse, dont le père est sur le point d’accéder au Saint-Siège ?
Rivalités entre les différentes factions de l’université, machinations politiques et luttes fratricides, Angelo va partager les années de formation d’un jeune homme en passe de devenir l’un des personnages les plus fascinants de l’Histoire. À ses côtés, il croisera le chemin de certains de ses contemporains les plus célèbres, de Christophe Colomb à Machiavel en passant par Léonard de Vinci…
Fuyumi Soryo lève le voile sur le destin hors du commun de l’énigmatique Cesare Borgia dans un manga d’une richesse historique rare, tout simplement passionnant.



Avis de Cyrlight



L’histoire fait une pause dans ce septième tome de Cesare, et l’Histoire reprend ses droits, puisqu’une grande partie du manga se concentre sur le récit d’évènements passés, notamment avec Dante et l’empereur Henri VII, mais aussi sur la question de l’équilibre des pouvoirs.

Je ne sais pas vraiment quoi penser de ce tome. Il est très riche en faits historiques, peut-être même un peu trop. Il n’y a cette fois aucune touche d’humour ou de légèreté, qui auraient pourtant été les bienvenues pour ponctuer un récit d’une telle densité. Les personnages principaux sont quasiment inexistants (Miguel n’apparaît que dans quelques cases, Angelo encore moins, et Cesare ne sert finalement qu’à introduire les récits parallèles).

C’est donc un peu frustrant de ne pas retrouver ces visages familiers, surtout après un sixième tome particulièrement touchant, où les liens semblaient avoir évolué entre les protagonistes. En dépit de cela, on ne peut qu’une fois de plus louer l’application et le travail de l’auteur, ainsi que la pertinence de son œuvre.

Qui plus est, même si cela ne paraît pas de prime abord, tout ce qui est raconté dans ce tome aura probablement son importance pour la suite, car les réflexions de Cesare, ainsi que son intérêt pour les figures historiques dépeintes entre ces pages, donnent un avant goût de l’homme, ou plutôt du « Prince », comme Machiavel tendra à le qualifier, qu’il sera dans le futur. On note sa position ambiguë à l’égard de l’Église, sa fascination pour le pouvoir... Cela contribue à éclairer la psychologie parfois complexe du personnage.

En conclusion, c’est un bon tome, très instructif et très dense, qui contraste beaucoup avec ces prédécesseurs. Je suis seulement déçue du fait que les protagonistes manquent un peu, mais c’est plus un ressenti personnel qu’un défaut à part entière.


Coup de ♥ 

jeudi 29 novembre 2018

Les chroniques de St Mary T.2 : D'écho en échos

Titre : Les chroniques de St Mary T.2 : D'écho en échos
Auteur : Jody Taylor
Édition : HC
Pages : 332
Note : 3 / 5
Les visites dans le passé reprennent à l'institut de recherche historique de St Mary.
Maxwell et ses excentriques confrères historiens partent pour de nouvelles aventures à travers le temps. Promue directrice du département d'Histoire, Maxwell va contrer, à l'aide de son équipe, les plans de leurs ennemis qu'ils croyaient neutralisés. C'est l'Histoire tout entière qui est menacée par ces fantômes du passé.
Au bord du burn out, l'historienne utilise ses dernières forces pour maintenir l'équilibre dans l'Histoire et dans sa vie privée. Non sans rudesse, elle doit faire face à l'attaque de Jack l'Éventreur, à un St Mary du futur quelque peu différent, un séjour improvisé à Ninive, ou encore à la mort étrange d'Élizabeth Ière d'Angleterre.


Avis de Cyrlight



D’écho en échos est le second tome des Chroniques de St Mary. On retrouve à l’institut Max, désormais chef de sa propre équipe, ainsi que Farrell, Peterson, Guthrie et d’autres visages familiers qui vont enchaîner les péripéties, notamment en Écosse, sous le règne de Marie Stuart.

Alors... Par où commencer ? Il y a tellement à dire que c’est difficile de trouver un point de départ. Peut-être celui-ci, justement : il se passe énormément de choses, dans ce roman, et certaines sont parfois si confuses qu’il faut attendre une explication ultérieure pour leur donner un sens.

La « dispute » entre Max et le chef Farrell, notamment. J’ai relu la scène deux fois, sans la comprendre davantage. J’avais l’impression qu’il manquait quelque chose, je ne saisissais pas comment un simple phrase avait pu rendre Maxwell à ce point hystérique, et même une fois ce pan de l’intrigue résolu, je le trouve relativement mal amené.

À cause de ce rythme très soutenu, où l’on bondit d’une péripétie à l’autre, on n’a pas le temps de s’attacher aux nouveaux personnages. S’ils étaient déjà très nombreux dans le premier tome, on finissait par s’habituer à eux, à leur caractère et à les différencier. Ici, ce n’est pas le cas. Hormis David et Pinkie dans le futur, aucun ne se démarque vraiment. Ils sont pour la majeure partie des noms qui surviennent à un moment ou à un autre de l’histoire.

L’humour loufoque est toujours au rendez-vous, peut-être même un peu trop, car j’ai eu un sentiment de démesure qui n’était pas présent lors de la lecture d’Un monde après l’autre. Tout est exagéré, et même si j’ai conscience qu’il s’agit de la patte de la saga, cela m’a semblé aller trop loin, par moments.

Le fil rouge, lancé dès la fin du tome précédent (à savoir pourquoi la mauvaise reine a été exécutée dans la pièce de Shakespeare), se traîne un peu. Au lieu de se concentrer dessus, alors que cela semble être une interrogation capitale, l’histoire s’éparpille. Alors certes, elle se ressert ensuite autour de ce même point, mais la résolution de l’énigme tarde à survenir, comme s’il fallait vraiment laisser le temps à tout le reste de se dérouler. (Par exemple, personne n’a eu l’idée de chercher l’évènement divergent entre l’Histoire et la pièce pendant le séjour de Maxwell dans le futur ?)

En conclusion, je dirais que j’ai moins apprécié ce second tome que le premier. Là où Un monde après l’autre n’était pas toujours très cohérent, D’écho en échos suit un rythme effréné parfois difficile à suivre, où tous les éléments de l’intrigue s’enchaînent trop vite. Il y a toujours du bon, notamment l’originalité de la saga qu’on ne peut que louer, mais elle serait nettement meilleure sans les défauts qui l’entachent.

dimanche 28 octobre 2018

Machiavel et Savonarole : La glace et le feu

Titre : Machiavel et Savonarole : La glace et le feu
Auteur : Max Gallo
Édition : Pocket
Pages : 368
Note : 3 / 5
À la fin du XVe siècle, Florence, enviée pour sa prospérité, ses splendeurs mais aussi ses intrigues, exerce une fascination sur le monde.
Deux hommes que tout oppose cherchent à s’imposer dans la ville et dominer les consciences. Le premier, Jérôme Savonarole, a un tempérament de feu. Prédicateur exalté, il prétend recevoir des messages de Dieu, remplit les églises, et finit par provoquer la fuite des Médicis jusqu’à son excommunication. Il finit torturé, pendu, brûlé.
À l’inverse, Nicolas Machiavel, est la glace, la prudence, le calcul. Après l’exécution de son rival, il essaye de s’approcher du cercle enchanté du pouvoir. Il dispose pour cela d’une arme redoutable : sa plume. Machiavel dédie son essai, Le Prince, à Laurent le Magnifique.
Le machiavélisme est né, ou l’art de conquérir et de conserver le pouvoir par la « ruse du renard » et la « force du lion ».


Avis de Cyrlight




Machiavel et Savonarole : La glace et le feu est un roman historique qui présente deux figures emblématiques de la fin du XVème siècle et du début du XVIème à Florence : le frère dominicain Jérôme Savonarole et Nicolas Machiavel, auteur du célèbre Prince.

Contrairement à ce que le titre laisse présager, et ce fut à mon goût une déception, l’œuvre ne nous livre non pas un face à face entre le religieux et le penseur, mais deux récits de vie séparés et totalement différents, dans leur style aussi bien que dans leur contenu.

La première partie, sur un Savonarole raconté à la troisième personne, est longue et répétitive. Au fil des pages, les mêmes idées reviennent, et à force de lire qu’il veut débarrasser la chrétienté des hérétiques et des sodomites, ou que le pape menace de l’excommunier s’il continue à prêcher, ce qu’il fait quand même, c’est quelque peu lassant. Les chapitres se suivent et se ressemblent, jusqu’à la chute de Savonarole.

La seconde partie, consacrée à Machiavel, est plus intéressante. En immersion totale grâce à la narration interne, on suit le parcours d’un homme incroyablement intelligent, et surtout dévoué corps et âme à la ville de Florence, pour laquelle il n’y a rien qu’il ne serait en mesure de subir ou d’entreprendre.

On découvre ainsi le portrait d’un homme prudent, réfléchi et calculateur, celui qui aura côtoyé les plus grands noms de l’époque, de Cesare Borgia et Lorenzo de Medicis à la cour du roi de France. Il est fascinant de suivre ses observations, qui donneront par la suite naissance à l’œuvre de sa vie, Le Prince, ainsi que ses gloires et ses déboires.

La plume est simple à lire, fluide et sobre, ce qui permet de se concentrer aisément sur le côté historique du roman. J’en ressors néanmoins avec un avis très partagé, à l’image même du livre. Si la moitié sur Machiavel est très bonne, pour ne pas dire excellente, celle sur Savonarole n’est pas à la hauteur. Dommage.

mardi 9 octobre 2018

Cesare T.5

Titre : Cesare T.5
Auteur : Fuyumi Soryo
Édition : Ki-oon
Pages : 222
Note : 5 / 5

Bien décidé à démasquer ceux qui ont mis le feu à la manufacture, et malgré le peu d’indices en sa possession, Cesare se lance à leur recherche.

Il emprunte des vêtements à Angelo, fausse compagnie à sa garde et part se mêler à la foule de la cité en fête. Mais au milieu des badauds et des forains se cache aussi l’assassin qui en veut à la vie de l’héritier des Borgia…




Avis de Cyrlight



La saga Cesare se poursuit avec un cinquième tome riche en action. L’escapade que le jeune Borgia effectue en compagnie d’Angelo se conclut par une confrontation avec l’assassin envoyé pour le tuer. Il en réchappe en partie grâce à l’intervention de Miguel, et la vie reprend ensuite son cours à l’université de Pise, où les étudiants doivent se livrer à une simulation de bataille.

Si l’Histoire avec un grand H est quelque peu mise entre parenthèses dans ce tome, les personnages et les relations qu’ils entretiennent sont au cœur de l’intrigue. On retrouve bien évidemment le trio principal, composé d’Angelo, Cesare et Miguel, mais pas seulement, puisque les Français font également leur retour.

Le caractère d’Angelo évolue progressivement, ce qui est sans doute dû à l’influence de Miguel. Fini le garçon qui se confondait en excuses dès qu’il ouvrait la bouche dans les premiers chapitres. Il commence à prendre conscience des manipulations de Cesare, mais surtout, il ose s’opposer à lui. Il cesse peu à peu d’être un pion et s’incruste lentement dans le décor du cercle des Espagnols.

Pour la première fois aussi, on prend conscience de la pression qui repose sur les épaules de Miguel. En tant que bras droit de Cesare, il est de son devoir de le garder en vie, et serait le principal responsable s’il venait à mourir, alors que ce dernier ne lui simplifie pas la tâche.

Cesare dévoile néanmoins tous ses talents de stratège dans ce tome, que ce soit en tendant un piège à l’assassin ou sur le champ de bataille de l’université, face aux Français dont il est la cible. On le découvre à la fois séducteur et orgueilleux, mais surtout, on distingue l’immense chef de guerre qu’il deviendra par la suite. Il n’hésite pas à oser des stratégies complexes et de prime abord vouées à l’échec, alors qu’elles finissent par payer.

Les dessins sont peut-être un ton en dessous par rapport à d’habitude pour les scènes de combat à cheval, légèrement plus difficiles à suivre qu’à l’accoutumée, sans parler des personnages qui, coiffés d’un haume, ne se distinguent plus aussi aisément les uns des autres, mais le tout n’en demeure pas moins très beau et très agréable à l’œil.

Que dire de plus que je n’ai déjà évoqué à propos de Cesare ? C’est un manga sublime, avec un scénario prenant, des personnages grandioses... Je me répète sûrement d’une critique à l’autre, mais si vous ne vous êtes pas encore lancé dans la lecture, foncez !


Coup de ♥ 

vendredi 7 septembre 2018

La dernière valse de Mathilda

Titre : La dernière valse de Mathilda
Auteur : Tamara McKinley
Édition : Archipoche
Pages : 567
Note : 2.5 / 5
Dans la chaleur étouffante du bush australien, Mathilda, treize ans, fait ses adieux à sa mère. Quelques voisins sont rassemblés autour de la tombe, pour rendre un dernier hommage à cette femme courageuse.
Un peu à l'écart, le père de Mathilda n'a qu'une hâte: que tout cela se termine afin qu'il puisse vendre le domaine de Churinga. Mathilda, elle, comprend que les choses ne seront jamais plus comme avant...
Cinquante ans plus tard, Jenny découvre le journal intime de Mathilda. A mesure que progresse sa lecture, l'angoisse l'assaille... A-t-elle bien fait de venir s'installer à Churinga ?



Avis de Cyrlight




La dernière valse de Mathilda est un roman qui prend pour décor l'outback australien. Jenny, citadine venue de Sydney après avoir hérité d'une station d'élevage, Churinga, découvre les journaux intimes de l'ancienne propriétaire et plonge dans la vie tourmentée de Mathilda.

Ayant adoré Les oiseaux se cachent pour mourir de Colleen McCullough, c'est tout naturellement que je me suis tournée vers les œuvres de Tamara McKinley, qui lui sont comparées. Grande fut ma déception à la lecture de celle-ci.

L'histoire débute de manière pourtant prometteuse, dans la première partie du XXème siècle, avec la jeune Mathilda, orpheline de mère, qui se retrouve seule avec un père alcoolique et violent, devenu aussi violeur.

Son histoire est intéressante à suivre, en dépit de sa noirceur et d'un léger manque de réalisme au tout début. Mathilda a beau être forte et courageuse, il est difficile de croire qu'une adolescente, enceinte de surcroît, ait pu gérer quasiment à elle seule toute une exploitation agricole.

L'histoire de Jenny, en revanche, est beaucoup moins palpitante, or c'est sur elle que se concentre la majeure partie du livre. Avec un début marqué par le deuil de son mari et son fils, on s'attend à un récit tout aussi poignant que celui de Mathilda, mais en réalité, il est mièvre et superficiel à souhait.

Les émotions de Jenny sont particulièrement mal développées : on passe les premiers temps à osciller entre « Ouin, j'ai perdu mon mari et mon fils » à « Oh, les magnifiques couleurs de l'outback que je vais pouvoir peindre », puis de nouveau « Snif, quel dommage qu'ils ne soient plus là » pour enchaîner avec « C'est lui le directeur de ma station d'élevage ? Plutôt beau gosse ».

Au final, l'idée de deuil n'est que très peu présente. Jenny se console très rapidement une fois à Churinga (ou plutôt auprès de Brett) et c'est à peine si elle évoque ensuite la perte de sa famille, hormis une fois de temps en temps, par bribes, comme s'il fallait impérativement le rappeler tellement cela ne transparaît pas dans son comportement.

Même sa relation avec Brett est agaçante au possible. Dès leur première rencontre, ils se prennent la tête pour des broutilles dignes d'une cour de récréation. Tout va bien, puis tout d'un coup, tout par en quenouille et tout recommence. Ces scènes sont tout bonnement inutiles et ne font qu'allonger le roman pour pas grand-chose.

D'un point de vue général, l'histoire de Jenny m'a laissée perplexe sur bien des points. Une grande partie des préoccupations de Brett tournent autour de la vente potentielle de Churinga, à croire qu'il n'existe aucune solution intermédiaire entre Jenny qui reste ou Jenny qui vend pour retourner à Sydney. Ne peut-elle pas conserver la propriété et encaisser les bénéfices rapportés par l'élevage sans pour autant y vivre ? D'autant qu'elle ne sert strictement à rien sur place, puisque que c'est Brett qui gère tout.

Au début, on apprend aussi que son mari avait fait des placements et qu'ils avaient finalement beaucoup plus d'argent qu'elle ne l'imaginait, si bien qu'elle s'interroge sur la raison qui a poussé Peter à garder le silence alors qu'ils avaient peine à joindre les deux bouts, puis... Rien. La question ne se pose plus par la suite. Sans parler des journaux intimes... Jenny passe apparemment des semaines, pour ne pas dire des mois, à Churinga. Comment se fait-il qu'il lui ait fallu si longtemps avant d'achever leur lecture, surtout qu'elle semblait impatiente de connaître le fin mot de l'histoire ?

(Attention, spoilers !) Enfin, à force de dénouer les secrets de famille, on sent venir de loin un lien entre Mathilda et Jenny. Ce que je ne suis pas sûre de comprendre, c'est cette histoire de fidéicommis. Pourquoi ne pas avoir simplement fait de l'enfant l'héritier légitime de Churinga ? Et comment Peter a-t-il pu racheter une station qui, légalement, appartenait à sa femme ? Sans parler du notaire qui, dans les premières pages du récit de Jenny, cherche absolument à la convaincre de vendre. (Fin des spoilers !)

C'est avec un avis très tranché que je ressors de ce roman. La partie centrée sur Mathilda est très bonne, mais celle de Jenny gâche tout. Dommage, car il y avait vraiment d'excellents éléments, mais qui ne suffisent pas à contrebalancer les mauvais.

lundi 30 juillet 2018

À l'ombre de l'arbre kauri

Titre : À l'ombre de l'arbre kauri
Auteur : Sarah Lark
Édition : Archipoche
Pages : 735
Note : 3 / 5
Nouvelle-Zélande, 1875. Lizzie et Michael cultivent l’espoir d’un jour posséder leur propre domaine. Mais ces perspectives heureuses sont soudain assombries par la disparition de leur fille adoptive, kidnappée par un chef maori… Pendant que Michael se démène pour retrouver sa fille, Kathleen – son ancienne fiancée – apprend une bonne nouvelle : son fils Colin rentre au pays. Mais nul ne mesure les conséquences de ce retour pour les deux familles…
Prenant pour toile de fond les paysages grandioses de la Nouvelle-Zélande, Sarah Lark fait la part belle à ses héroïnes, et au combat qu’elles mènent pour conquérir liberté et indépendance.



Avis de Cyrlight




Après avoir suivi les péripéties de Kathleen, Michael et Lizzie à l’autre bout du monde, place désormais à la nouvelle génération, portée par Matariki, une demi-maorie fille de chef, ainsi que Sean, Colin et Heather Coltrane. Dans À l’ombre de l’arbre kauri, les opprimés, qu’il s’agisse des femmes ou des autochtones, sont bien déterminés à faire entendre leur voix.

Si j’avais été assez emballée par Les rives de la terre lointaine, cette suite m’a quelque peu déçue. Je ne m’attarderai par sur les indénombrables répétitions qui me mettent toujours les nerfs à vif (pitié, l’auteur, le traducteur ou le correcteur, le récit n’en serait que meilleur si on ne subissait pas des « effectivement », « à coup sûr » et compagnie une fois par page, parce qu’au bout de sept cents, ça fait vraiment énorme !), mais plutôt sur le scénario en lui-même.

Sarah Lark se concentre cette fois-ci davantage sur l’Histoire avec un grand H, comme cela avait déjà été sensiblement le cas dans Le cri de la terre. Sans doute n’est-ce pas fait pour moi, car il s’agit de ses deux œuvres que j’ai le moins appréciées.

Non pas qu’il n’y ait pas d’éléments intéressants, car cela permet d’en découvrir toujours plus sur le fonctionnement politique de la Nouvelle-Zélande, et surtout sur la culture maorie, mais j’ai trouvé que le roman souffrait souvent de longueurs.

Le début, au contraire, est bien trop rapide. En l’espace de quelques dizaines de pages, trois années se sont déjà écoulées, laissant à peine le temps de prendre nos marques avec ces nouveaux personnages, alors que la suite se traîne par moments. Le rythme aurait gagné à être plus équilibré.

Le thème en lui-même me donne l’impression d’avoir été choisi pour coller avec les mouvements féministes actuels. Non que je reproche à l’auteur d’avoir voulu traiter de l’obtention de droit de vote des femmes, car après tout, la Nouvelle-Zélande s’est démarquée en étant le premier pays à l’accorder, mais plutôt de n’y avoir fait aucune allusion dans sa première trilogie (ou alors si discrète que cela ne m’a pas marqué), qui se déroulait approximativement à la même époque.

Qui plus est, certains personnages m’ont agacée par leur passivité. Si quelques-uns se battent pour leurs idéaux ou ce qui leur semble juste (Matariki, Heather et Sean pour ne citer qu’eux), Kathleen en particulier m’a fait grincer des dents plus d’une fois. Après tout ce qu’elle-même a traversé avec son premier époux, je la trouve étrangement peu encline à faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider cette pauvre Violet. Avec elle, c’est surtout : « Si elle peut rester, tant mieux, si son père veut continuer à la martyriser, c’est son droit. » Avec un fils juriste et une fille qui a pris la jeune orpheline en sympathie, on aurait pu s’attendre à plus de réactivité, surtout dans un roman axé sur les combats sociaux.

Enfin, pour conclure sur les points négatifs, je dirais que les situations sont un peu répétitives, au bout d’un moment. J’ai bien conscience que c’était sûrement le quotidien de l’époque, mais au final, on retrouve toujours dans les livres de Sarah Lark le même schéma classique du mariage malheureux ou de la souffrance des personnages avant l’irrémédiable happy end. Quelles que soient les épreuves auxquelles ils sont confrontés, ça se termine toujours bien pour les protagonistes. Sans parler du thème également récurrent du fils rapporteur entièrement dévoué au « mauvais » père (Paul, Colin, Joseph…).

Passons aux points positifs, à présent. Tout d’abord, j’ai énormément apprécié les références très récurrentes à la trilogie du Nuage Blanc, notamment avec le jeune Caleb Biller, qu’il est plaisant de retrouver après l’avoir connu jeune homme dans Le chant des esprits.

J’ai aussi aimé le paradoxe mis en valeur à travers ce roman, en particulier avec les Maoris. Ils sont plus ou moins considérés comme des sauvages par les Pakeha, alors qu’ils étaient bien plus ouverts d’esprit (au niveau de l’égalité homme-femme, par exemple) et tolérants que la plupart des Blancs. L’auteur ne tombe pas pour autant dans le manichéisme complet, puisque la violence sanglante de Kahu Heke contraste avec le pacifisme de Parihaka.

Du bon et du moins bon, donc, dans À l’ombre de l’arbre kauri, qui m’aura beaucoup moins séduite que le premier tome. Peut-être est-ce aussi dû à une certaine lassitude provoquée par la récurrence de plusieurs situations. M’enfin, si vous avez aimé les autres livres de Sarah Lark, il n’y a aucune raison pour que celui-ci vous déplaise.

dimanche 24 juin 2018

Dunkerque

Titre : Dunkerque
Auteur : Joshua Levine
Édition : HarperCollins
Pages : 384
Note : 2.5 / 5
L’espoir est une arme. La survie est une victoire.
Dunkerque, mai 1940 : plus de 300 000 soldats alliés échappent à l’armée allemande lors d’une évacuation maritime spectaculaire. L’histoire de ce sauvetage héroïque qui dura neuf jours – du 27 mai au 4 juin 1940 – et des soldats, marins, pilotes et civils qui y participèrent, est entrée dans la légende.
Cette opération que Churchill qualifia de « miracle » est ici racontée Joshua Levine, auteur de plusieurs livres d’Histoire devenus des best-sellers.
Enrichi de nouveaux témoignages de vétérans et de survivants, Dunkerque est le compte rendu fascinant à plusieurs focales (au sol, en mer et dans les airs) d’une glorieuse défaite qui mena les Alliés vers la victoire.



Avis de Cyrlight




Dunkerque est un roman historique, qui effectue le parallèle entre l'évacuation anglaise lors de la Seconde Guerre mondiale et le long-métrage éponyme réalisé par Christopher Nolan.

La mention « livre officiel du film évènement » affichée sur la couverture est quelque peu trompeuse. Pourquoi ? Je m'attendais tout simplement à lire une novélisation, alors qu'il s'agit d'une œuvre purement historique. Même si je conviens que cette erreur est due à mon inattention (j'aurais dû vérifier plus attentivement), j'ai vite grincé des dents.

Ce livre n'a beau compter que trois cents et quelques pages, c'est un pavé d'énumérations de lieux, de noms, de stratégies, de matériel militaire... J'ai beau m'intéresser à l'Histoire, ayant très peu de connaissances sur la Seconde Guerre mondiale, tout cela m'a paru indigeste.

À moins d'être vraiment passionné ou d'avoir déjà pas mal de notions, on oublie quasiment au fur et à mesure ce qu'on vient de lire, tant le contenu du texte est dense. Si on ne peut que louer le travail et les détails fournis par l'auteur, on peut aussi lui reprocher le caractère soporifique que son ouvrage. À cause de cela, on s'enlise dans la narration et on décroche peu à peu.

Venir à bout de Dunkerque m'aura demandé un temps considérable, et même à présent que je l'ai terminé, je ne suis pas certaine d'avoir retenu grand-chose, hormis un profond sentiment d'ennui. J'ai toujours été d'avis que la meilleure façon d'apprendre, c'est de le faire en se captivant pour son sujet, or cette lecture est tout sauf prenante.

Je mets la moyenne à ce livre, car il n'est tout de même pas dépourvu d'intérêt et saura sûrement en séduire d'autres mieux que moi.

lundi 21 mai 2018

Le sang des Borgia

Titre : Le sang des Borgia
Auteur : Mario Puzo
Édition : Archipoche
Pages : 438
Note : 3 / 5
Élu pape en 1492 sous le nom d’Alexandre IV, Rodrigo Borgia fut l’une des plus extraordinaires fripouilles de son époque. Avant de servir Dieu, le nouveau souverain pontife cherche d’abord à servir les siens, à commencer par ses enfants, Juan, César, Geoffroi et Lucrèce. 
Mais sa position dominante et son népotisme vont susciter des jalousies, qui bientôt deviennent meurtrières… En cette Italie de la Renaissance, intrigues, complots et empoisonnements ne sont pas de vains mots !
À la mort de Rodrigo, l’ennemi de la famille, le Cardinal della Rovere lui succède. Et c’est tout le clan Borgia qui se trouve en danger. César, qui inspirera à Machiavel le personnage du Prince, se réfugie à Naples avant de fuir en Espagne, où il sera fait prisonnier. Mais, bien décidé à retrouver le statut qui était le sien, il s’évade et ourdit sa vengeance…




Avis de Cyrlight



Le sang des Borgia est un roman historique qui retrace l'histoire de cette célèbre famille italienne à la réputation sanglante. De l'ascension au pontificat de Rodrigo, dit Alexandre VI, à la chute de Cesare, le Valentinois, c'est une véritable fresque que nous offre Mario Puzo.

Sans être incollable sur cette période de la Renaissance, les faits rapportés par l'auteur m'ont paru sensiblement exacts, ce qui est un très bon point à côté d'autres œuvres (je pense notamment à la série télévisée) qui prennent parfois des libertés plus ou moins importantes avec l'Histoire.

L'autre qualité qu'il faut mettre au crédit du romancier, c'est son objectivité. Après avoir lu Les Borgia d'Alexandre Dumas, où ce dernier avait clairement un parti pris contre eux, il est bon de lire un récit qui ne les dépeint pas nécessairement comme des monstres, même s'ils n'étaient pas exempts de défauts.

Passons à présent aux côtés négatifs, à commencer par le style. La plume est agréable et se lit facilement, mais la façon dont l'histoire est contée est beaucoup moins plaisante. Elle tient davantage du documentaire que du roman, car elle se concentre davantage sur les évènements marquants de la vie des Borgia, sans trop développer le reste.

Tout s'enchaîne très vite, avec parfois des va-et-vient dans la chronologie qui m'ont brièvement perdue. Certains éléments semblent aussi tomber comme un cheveu sur la soupe, des personnages sont mentionnés et disparaissent pendant plusieurs dizaines de pages, avant de réapparaître brusquement...

Si j'ai apprécié la part belle faite à Geoffroi, trop souvent négligé, je n'en dirais pas autant de Michelotto. En plus d'être assez en retrait dans cette œuvre, il semble essentiellement à la solde du pape, alors qu'il est plus généralement présenté comme le bras droit de Cesare.

Je terminerai sur les prénoms. La plupart sont en italien, comme il convient, or Cesare et Lucrezia sont tous deux nommés à la française (César et Lucrèce). C'est assez déroutant, et surtout cela jure avec le reste.

En conclusion, Le sang des Borgia est le livre idéal si vous souhaitez en apprendre davantage à leur sujet, mais ne vous attendez pas à une histoire très romanesque. Elle aurait sûrement gagné à être plus développée, peut-être en plusieurs tomes, un peu à la manière du manière du manga Cesare de Fuyumi Soryo.

dimanche 7 janvier 2018

Le Baron Rouge Sang

Titre : Le Baron Rouge Sang
Auteur : Kim Newman
Édition : Bragelonne
Pages : 606
Note : 4.5 / 5


1918. L'Europe est aux mains des vampires. Commandant en chef des armées allemandes, le comte Dracula a juré d'anéantir l'Angleterre, tandis qu'Edgar Poe rédige les mémoires du Baron Rouge. On croise aussi Mata Hari, Kafka et même un petit caporal au front barré d'une mèche brune, qui salue en tendant le bras...






Avis d'Eli



La suite du roman d'horreur Anno Dracula est dans la même veine que son prédécesseur, et se détache très nettement du Dracula de Bram Stoker. Sur fond de Première Guerre mondiale, le conflit opposant Lord Ruthven et Charles Beauregard au comte Dracula, maintenant tête pensante de l'Empire allemand, se poursuit, toujours aussi noir et sanglant.

Ce deuxième tome permet tout d'abord à l'auteur d'étoffer l'univers sombre qu'il présentait dans le livre précédent. On a toujours la présence d'un vocabulaire bien spécifique (sang-chaud, nosferatu, le Baiser des Ténèbres etc.), qui favorise clairement l'immersion dans l'histoire, et on sent bien la continuité par rapport au premier livre, notamment grâce à certaines têtes connues comme les personnages précédemment cités, ou encore Kate Reed et le sergent Dravot.

A propos des personnages, c'est probablement la plus grande réussite du livre en dehors de la fascination que suscite cet univers. On a une large galerie de protagonistes et de personnages plus secondaires, et personne ne sert vraiment « à rien » (à part peut-être l'apparition fugace d'Hitler, mais ça n'est pas dérangeant). Les nouveaux protagonistes sont vraiment agréables à suivre. J'ai beaucoup aimé suivre Edgar Poe et Ewers auprès de l'unité du Baron Rouge, l'auteur exploite vraiment bien des personnages historiques en les « vampirisant », c'est assez bluffant. L'apparition éclair de Kafka est un clin d'œil sympathique.

Du côté des Alliés, j'ai été très agréablement surpris par Edwin Winthrop. Au début, il semblait juste être là pour remplacer un Charles vieillissant, mais finalement il se détache rapidement de son chef et fait montre d'une personnalité très intéressante. Sa relation avec Kate est très bien amenée, mais se termine de façon un peu frustrante. C'est très appréciable de constater son évolution quand il est sous l'emprise d'Albert Ball et qu'il devient obsédé par le Baron Rouge, par ailleurs. On sent bien qu'il est en conflit avec lui-même, à la limite entre le vampire et le sang-chaud. Kim Newman détaille d'ailleurs très bien les deux conditions ; les vampires ne sont finalement pas plus heureux que les humains ordinaires et sont tout aussi vulnérables sous certaines conditions.

Tout un paquet de références littéraires ou cinématographiques sont incluses dans le roman. Si ça peut sembler inutile, ça peut faire plaisir à ceux qui connaissent, comme ç'a été mon cas. Retrouver, même très rapidement, certains personnages comme Gatsby le magnifique, le Dr. Mabuse des films de Fritz Lang, le Herbert West de Lovecraft, et même une allusion à Bram Stoker fait toujours sourire, et prouve l'aisance de l'auteur à mélanger réalité et fiction.

En parlant de réalité et de fiction, la façon dont les deux interagissent est très intelligente. Des faits réels comme l'offensive de printemps des Allemands se mélangent à de la fiction pure et dure ; la métamorphose du groupe d'aviateurs allemands, l'assaut de Dracula avec son dirigeable... Et ça marche ! Ça pourrait donner lieux à de grosses incohérences, mais ce n'est pas le cas. Tout est maîtrisé de telle façon que ça ne paraît pas aberrant, à l'exception du surnaturel, évidemment.

Ce qui m'a le plus embêté dans le tome précédent est toujours là ; les descriptions crues de certaines scènes parfaitement violentes sont assez écœurantes, notamment le passage où Charles et Winthrop se rendent au théâtre pour assister au spectacle de la vampire Isolde. C'est répugnant, mais ça exerce en même temps une sorte de fascination. On se rend pleinement compte des pouvoirs des vampires et ça ne les rend que plus terrifiants, même si certains sont vraiment sympathiques et qu'on a du mal à les assimiler à des monstres.

Au niveau du style d'écriture, c'est toujours très fluide, rien à signaler si ce n'est que c'est agréable à lire et que les dialogues sont vraiment bien menés.

Dans l'ensemble, j'ai beaucoup plus apprécié ce tome-là que le précédent ; sans doute car les personnages sont un peu plus creusés — j'avais par exemple eu du mal à cerner Geneviève dans Anno Dracula. La violence et les scènes qui mettent mal à l'aise sont toujours là, mais paraissent mieux servir l'intrigue et développer les personnages, du moins est-ce mon sentiment suite à cette lecture. Ça en fait donc un nouveau coup de cœur littéraire ; en espérant qu'il en sera de même pour le troisième tome !


Coup de ♥

samedi 23 décembre 2017

Joséphine Impératrice T.2

Titre : Joséphine Impératrice T.2
Auteur : Yumiko Igarashi
Édition : Pika
Pages : 189
Note : 3 / 5
Joséphine, apprenant le décès de sa plus jeune sœur et la santé vacillante de son père, décide de retourner en Martinique. Elle emmène avec elle sa fille Hortense, tandis que son jeune fils, Eugène, doit rester à Paris pour parfaire son éducation de futur héritier de la famille de Beauharnais. À Paris, le peuple crie famine et réclame justice au Roi et à la noblesse. Alors que des groupes d’actions s’organisent, Agathon fait la connaissance de Saint-Just, un des acteurs de la révolte, qui tente de l’entraîner dans la fièvre révolutionnaire.





Avis de Cyrlight



Dans ce second tome de Joséphine Impératrice, on retrouve Rose qui décide de partir pour la Martinique avec sa fille, tandis qu'Agathon demeure en France auprès du petit Eugène. Le pays gronde, cependant, et le peuple menace de se soulever contre la noblesse.

Du côté de Rose, on retrouve les mêmes défauts que précédemment. Elle est beaucoup trop mièvre, trop naïve et trop immature. Bien qu'elle soit mère, on l'imagine beaucoup plus facilement en grande sœur. Son tempérament larmoyant est souvent pénible et elle n'évolue pas, en dépit de ce que laissait présager la fin du premier tome.

En revanche, Alexandre de Beauharnais surprend agréablement. Il se révèle sous un nouveau jour et devient très sympathique, si bien qu'il est difficile de rester insensible à son sort. On regrette finalement de n'avoir pu profiter que peu de temps de l'homme qu'il est devenu.

Si le début du manga est assez fade, la suite est plus appréciable, avec Agathon qui se retrouve plongé directement au cœur de l'Histoire, trop peu développée jusqu'à maintenant. On assiste à la Révolution française, ainsi qu'à la prise de la Bastille et au renversement des nobles, le tout en compagnie de nombreux personnages historiques.

Napoléon fait d'ailleurs une brève apparition à la toute fin, qui me laisse sceptique pour la suite. Loin d'être présenté comme un meneur d'hommes charismatique, il paraît plutôt maladroit et empoté. Je crains que ce manga ne rende pas un juste hommage aux grandes figures de l'époque qu'étaient Napoléon et Joséphine.

Ce tome est tout de même meilleur que le précédent, car le contexte historique occupe une place bien plus importante, et si certains personnages sont un peu décevants, d'autres comme Alexandre se révèlent dignes d'intérêt. Espérons que la suite continue d'aller en s'améliorant.

vendredi 15 décembre 2017

Pline T.1 : L'appel de Néron

Titre : Pline T.1 : L'appel de Néron
Auteur : Tori Miki et Mari Yamazaki
Édition : Casterman
Pages : 190
Note : 2.5 / 5
Pline l'Ancien, de son vrai nom Gaius Plinius Secundus, est né en l'an 23 et mort en l'an 79 de notre ère. II est le plus grand naturaliste de l'Histoire. Il incarne à lui seul l'âme romaine, qui prise l'ouverture, l'érudition et l'action. Son insatiable curiosité a guidé l'écriture de son Histoire naturelle, véritable traité de l'univers connu, abordant aussi bien l'astronomie que la géographie, la zoologie, la botanique ou encore l'art pictural et la sculpture. Considérée comme "l'encyclopédie parmi les encyclopédies", l'Histoire naturelle a exercé une influence considérable sur les savants qui ont vécu après Pline.



Avis de Cyrlight



Pline : L'appel de Néron est le premier tome d'un manga centré sur le personnage historique de Pline l'Ancien, naturaliste mort lors de l'éruption du Vésuve qui causa la disparition de Pompéi. Dans ce volume, il est convoqué à Rome par le tyrannique empereur Néron.

Accompagné par Euclès, son jeune scribe, et par une escorte, il se met en route pour rejoindre l'empereur. Le voyage se déroule au même rythme que l'histoire, c'est-à-dire très lentement. Pline ne cesse de se détourner de son objectif pour étudier un nouveau sujet ou observer de nouvelles choses.

En raison de cela, le manga a un côté très encyclopédique. Au fil de pages, on découvre quantité d'éléments sur les connaissances de l'époque, mais cela entraîne une linéarité qui devient vite très redondante. Contrairement à Cesare qui allie à la perfection l'Histoire et l'histoire, on a ici l'impression que la science prend le pas sur le scénario.

Les personnages sont difficilement attachants. La plupart font essentiellement de la figuration sans se démarquer et Pline, même si son savoir est impressionnant, semble n'être là que pour le distiller autour de lui. Le seul qui sort du lot est l'empereur Néron. Il apparaît comme un être brutal, agressif et capricieux, mais au moins, il a un caractère bien marqué, ce que l'on ne peut pas dire des autres.

Je sors mitigée de cette lecture, certes très pédagogique, mais un peu ennuyeuse. C'est dommage, car on ne retient jamais aussi bien qu'en s'amusant, or le divertissement semble avoir été presque complètement écarté de cette œuvre au bénéfice de la culture.

samedi 18 novembre 2017

Pour tout l'or du Sud

Titre : Pour tout l'or du Sud
Auteur : Alexandra Ripley
Édition : Archipoche
Pages : 526
Note : 3 / 5
Richmond, 1880. Chess Standish, la fille de l'une des plus anciennes familles de Virginie, épouse un obscur fermier de Caroline, Nathan Richardson, de sept ans son cadet. En ce lendemain de guerre civile, l'Amérique toute entière est à reconstruire, et la personnalité forte de Richardson, ses projets ambitieux, ont tout pour séduire Chess. Que Nathan l'ait épousée par intérêt lui importe peu: elle se résigne à n'être pour l'instant que sa brillante associée, car elle sait qu'elle transformera ce mariage de raison en une histoire d'amour...




Avis de Cyrlight



Pour tout l'or du Sud est un roman post-guerre de Sécession, qui se déroule dans les anciens États confédérés. Nathan, un jeune homme ambitieux et avide de nouvelles découvertes, accepte d'épouser Chess, plus âgée que lui, en échange des plans et de la maquette d'une machine avec laquelle il a l'intention de faire fortune. Ce mariage de raison se transforme cependant bien vite en amour du côté de Chess, qui entretient l'espoir secret de se faire aimer de son mari.

Chess est une femme forte, débrouillarde et intelligente. Vive et spontanée, on s'attache aussitôt à son personnage, appréciable pour son naturel, même si elle le perd un peu à mesure que son couple s'enrichit. La fille en salopette laisse place à une épouse élégante et bien mise, mais qui conserve toujours son franc-parler.

Si Nathan ne manque pas de courage et qu'il est prêt à tout pour atteindre ses objectifs, il mériterait bon nombre de gifles pour le guérir de son obsession pour Lily. Lily, un personnage présent dans le prologue et qui disparaît ensuite pendant près de trois cents pages, mais durant lesquelles son ombre ne cesse de planer, en particulier sur le bonheur de Chess. Même avant son retour, il est difficile de ne pas la haïr.

D'autres personnages, plus secondaires mais pas moins plaisants, rejoignent les protagonistes au fil de l'intrigue, comme les sympathiques Bobby Fred et Edith, la jeune Gussie... Mais aussi certaines figures historiques, comme Oscar Wilde, l'auteur du célèbre Portrait de Dorian Gray.

L'histoire se déroule sur plusieurs années, au cours desquelles on assiste à l'ascension sociale et économique de Nathan et Chess. Si le roman est agréable et joliment écrit, il est tout de même très plat. Il n'y a ni action, ni suspense, ni rebondissements. On se contente de suivre la vie du couple dans ses joies comme dans ses peines, jusqu'à la toute dernière page.

À cause de ce rythme monotone, ce livre ne laissera pas un souvenir impérissable. Il lui manque une étincelle, ou peut-être un peu de passion, pour faire toute la différence.

vendredi 10 novembre 2017

Joséphine Impératrice T.1

Titre : Joséphine Impératrice T.1
Auteur : Yumiko Igarashi
Édition : Pika
Pages : 189
Note : 3 / 5
XVIIIe siècle sur l’île de la Martinique, la jeune Rose Tascher de la Pagerie grandit entourée d’une famille aimante. Jeune fille issue de la noblesse, elle vit librement et simplement, bien loin des conventions et du faste de la vie parisienne. En 1779, à 16 ans, elle est mariée au vicomte de Beauharnais. Commence alors pour la jeune fille un dur apprentissage de la vie, entre un mari volage qui la délaisse et l’isolement dans un pays qu’elle ne connaît pas, la jeune femme s’endurcit sans jamais se départir de la bonté et de la générosité qui la caractérise. Elle va bientôt reconquérir sa liberté et son indépendance, mais en attendant, les prémices de la Révolution grondent déjà dans Paris...



Avis de Cyrlight



Joséphine Impératrice est un manga qui met en scène Antoine, aussi surnommé Agathon, et celle qu'il sert, la jeune Rose Tascher de La Pagerie, qui sera connue plus tard sous le nom de Joséphine de Beauharnais, épouse de Napoléon Bonaparte. Ce premier tome retrace l'enfance de la future impératrice, ainsi que son premier mariage avec Alexandre de Beauharnais.

Comme son héroïne le laisse facilement suggérer, il s'agit d'un manga historique, mais nous sommes bien loin de la profondeur et de la richesse d'un Cesare. Les faits sont dans l'ensemble survolés, les années s'enchaînent très vite et le contexte prend à peine le temps de se poser.

Rose apparaît comme une enfant assez capricieuse, ce qui va de pair avec la réputation de la Joséphine que la France a connue, mais également larmoyante à souhait. Cela donne une image assez mièvre du personnage, intensifiée par les fleurs et les fanfreluches qui l'accompagnent souvent.

Agathon est plus intéressant, même s'il n'est pas moins naïf que sa maîtresse par moments. C'est un garçon loyal et attentionné, qui serait prêt à tout pour Rose et pour ses enfants. Les craintes qu'il nourrit en fin de tome, de voir celle qu'il adore évoluer et se transformer au contact des femmes du couvent, le rendent encore plus attachant.

Les dessins sont parfois très beaux, et parfois beaucoup moins appliqués. On déplorera également le choix de la mangaka d'avoir choisi de représenter une Joséphine/Rose aux cheveux clairs, en dépit de celle, pourtant plus réaliste, qui orne la couverture.

C'est donc un manga rapide et facile à lire, qui séduira les fans de shojo ou ceux qui veulent découvrir plus simplement la vie de Joséphine de Beauharnais, mais qui décevra les amateurs d'Histoire avec un grand H, la mangaka préférant tabler sur la romance.

lundi 6 novembre 2017

Danish girl

Titre : Danish girl
Auteur : David Ebershoff
Édition : Libretto
Pages : 383
Note : 3.5 / 5
À Copenhague en 1925 Einar Wegener et Greta Wauld, son épouse, forment un couple original. Lui est petit, discret, peintre, délicat et reconnu. Elle, peintre également mais de moindre talent, est une grande américaine, blonde fortunée que l'on remarque. Tous deux mènent une vie confortable jusqu'au jour où Greta, en manque de modèle féminin demande à Einar de bien vouloir enfiler une paire de bas et d'escarpins pour qu'elle finisse son tableau. De cette demande innocente va naître le double d'Einar, Lili, qui petit à petit prendra le dessus sur celui qui l'a engendrée. David Ebershoff retrace ici l'histoire vraie d'un homme qui s'éveilla à la femme en lui et qui fut le premier à subir une opération pour changer de sexe.




Avis de Cyrlight




Danish Girl relate de façon très romancée la vie du peintre Einar Wegener/Lili Elbe, qui a subi l'une des premières opérations de réaffectation sexuelle, et de son épouse Gerda (rebaptisée pour l'occasion Greta Waud).

Comme l'auteur le précise lui-même, ce livre n'est pas une autobiographie. Même si certains faits respectent la réalité, d'autres sont complètement fictifs, comme les origines californiennes de Greta ou l'existence de certains personnages secondaires. Par conséquent, il est important de ne pas prendre pour argent comptant ce qui est évoqué au fil des pages.

Le début est long, très long. On s'enlise dans le passé des personnages, qu'il s'agisse de la jeunesse de Greta en Californie ou de l'enfance d'Einar dans les marais et on n'a qu'une hâte, celle de revenir au présent. À raison, d'ailleurs, car il est bien plus passionnant.

Il est intéressant de suivre dans ce livre la psychologie des différents personnages, et pas seulement celle d'Einar. On partage son malaise, le rejet de ce corps d'homme qui est le sien et la sérénité qu'il acquiert peu à peu grâce à Lili, mais aussi ce que cette métamorphose inspire à son entourage.

J'ai beaucoup apprécié les doutes de Greta et les sentiments paradoxaux qu'éveille en elle cette évolution. Elle veut le meilleur pour son mari, tout en ayant peur de le perdre, et elle tient à Einar, mais elle est aussi très proche de Lili, qui devient d'ailleurs sa muse. Son affection pour elle va jusqu'à l'inciter à s'effacer en présence de Hans, considérant que Lili serait mieux avec lui.

Sa tolérance est touchante, tout comme celle de Hans et de Carlisle. Ce dernier est un personnage particulièrement important, car venu en France pour soutenir sa sœur dans la situation complexe qu'elle traverse, il s'avère être aussi un soutien de poids pour Einar, qu'il accompagnera jusqu'à sa dernière opération.

Le fait que Greta préfère quitter l'Europe pour retourner aux États-Unis m'a un peu déçue, car j'aurais aimé qu'elle demeure auprès de Lili jusqu'au bout, après tout ce qu'elle a déjà fait pour elle (et ce en dépit de sa désapprobation finale).

La fin est un peu trouble. Quand on connaît l'histoire de Lili Elbe ou que l'on a vu le film adapté de ce roman, on devine aisément comment elle se conclut, mais sans cela, je ne dois avouer que je n'aurais probablement pas compris que l'oeuvre se clôturait par le décès de Lili. Cela n'en demeure pas moins très poétique.

En dépit de son début assez longuet, qui nécessite de prendre son mal en patience, ce roman est captivant. C'est un hymne à la tolérance, la différence et l'acceptation, des notions qui font encore cruellement défaut des décennies après la période à laquelle se déroule ce livre. C'est d'ailleurs l'une des principales raisons pour lesquelles je le recommande.

samedi 23 septembre 2017

Les rives de la terre lointaine

Titre : Les rives de la terre lointaine
Auteur : Sarah Lark
Édition : Archipoche
Pages : 720
Note : 3.5 / 5
Hiver 1846. La famine est terrible en Irlande, où la maladie de la pomme de terre fait des ravages. Kathleen et Michael sont jeunes. Ils s’aiment et rêvent de partir en Amérique pour y faire fortune. Mais ce projet s’effondre lorsque Michael est arrêté pour avoir volé de l’orge et du seigle. Condamné au bagne, il est envoyé en Australie pour y purger sa peine.
Un vendeur de bétail, Ian Coltrane, en profite pour demander Kathleen – enceinte de Michael – en mariage. Ses parents, pour éviter le déshonneur, acceptent sans hésiter. Bientôt, les jeunes époux embarquent pour les rives d’une terre lointaine, promesse d’espoir : la Nouvelle-Zélande.
Mais Kathleen n’a pas oublié Michael. Le destin saura-t-il les réunir ? Ou se jouera-t-il encore de leur passion ? De coups du sort en désillusions, la vie n’a pas fini de les surprendre…



Avis de Cyrlight




Après sa trilogie du Nuage Blanc, Sarah Lark nous entraîne une nouvelle fois dans la Nouvelle-Zélande du XIXème siècle avec Les rives de la terre lointaine. L'histoire commence néanmoins en Irlande où Michael, pour fuir en Amérique avec Kathleen, sa fiancée enceinte, n'hésite pas à voler de l'orge et du seigle. Pris et condamné, il est envoyé au bagne en Australie et fait en chemin la connaissance de Lizzie, une jeune prostituée. Quant à Kathleen, elle part s'établir en Nouvelle-Zélande avec l'homme qu'elle a épousé pour sauver son honneur.

Qu'y a-t-il à dire dont je n'ai pas déjà fait mention à propos de l'écriture de Sarah Lark ? J'ai peine à comprendre que l'on puisse faire des descriptions si élégantes, une narration parfois très agréable et en même temps un aussi grand nombre de répétitions indigestes qui rendrait fou le plus patient des hommes.

Quant à l'histoire, même si j'ai apprécié le clin d'œil aux œuvres précédentes de l'auteur, avec notamment la mention des Warden, je l'ai préféré aux différents tomes du Nuage Blanc. C'est essentiellement dû aux personnages, qui m'ont semblé beaucoup plus creusés, beaucoup mieux exploités aussi, peut-être parce qu'ils étaient moins nombreux à être au centre du récit.

S'ils ont tous leurs qualités et leurs défauts, Claire est de loin la plus agréable, une vraie bouffée d'oxygène et de joie au milieu de la dureté des péripéties. Elle est pleine de vie et respire la bonne humeur, en dépit des épreuves, si bien qu'il est impossible de ne pas l'apprécier dès sa première apparition.

L'intrigue est encore une fois riche et dense, comme on peut s'y attendre dans un livre de Sarah Lark. Si j'avais reproché à ses précédentes œuvres les retrouvailles souvent trop miraculeuses, celle-ci m'a inspiré le sentiment inverse, avec la réunion de Kathleen et Michael qui a tardé à survenir alors qu'ils étaient si proches l'un de l'autre, géographiquement parlant, avec de surcroît des connaissances communes.

L'histoire aborde d'ailleurs son dernier tournant lorsque cet événement se produit enfin. Je dois avouer qu'en tant que lectrice, je n'ai eu de cesse de vouloir voir ces deux-là se retrouver avant que le cœur de Michael ne penche irrémédiablement pour Lizzie, mais lorsque les retrouvailles sont enfin arrivées, je me suis aperçue qu'ils n'allaient plus du tout ensemble, et que ce serait une erreur qu'ils terminent ainsi. Heureusement, ce n'est pas le cas, puisqu'ils prennent conscience à temps de leurs différences.

Une fois encore, tout s'arrange au bout de quelques centaines de pages et d'épreuve diverse pour se terminer de la meilleure des façons, mais malgré cette redondance, je dirais qu'il s'agit tout de même du meilleur livre de Sarah Lark à ce jour, en dépit d'un style toujours aussi pénible. J'attends avec impatience de tenir le tome suivant entre mes mains, que j'espère tout aussi plaisant.

vendredi 15 septembre 2017

Le cri de la terre

Titre : Le cri de la terre
Auteur : Sarah Lark
Édition : Archipoche
Pages : 800
Note : 2.5 / 5
1907. Gloria, l’arrière-petite-fille de Gwyneira, pionnière venue s’installer en Nouvelle-Zélande au milieu du xixe siècle, vit à Kiward Station, la ferme familiale. Son enfance insouciante prend fin à 12 ans lorsque ses parents, qui ne se sont guère occupés d’elle, décident qu’il est temps pour elle de devenir une lady. Gloria doit alors renoncer à son île paradisiaque et faire ses adieux à ceux qui l’entourent, en particulier Jack, dont elle est très proche. Destination l’Angleterre et un austère pensionnat. Elle y dépérit. Même la présence de sa cousine Lilian ne parvient pas à la consoler. Son seul rêve : retourner dans son pays, celui du nuage blanc, avec l’espoir secret d’y retrouver Jack… Aussi, quand elle découvre que ses parents n’ont pas l’intention qu’elle rentre chez elle, Gloria décide-t-elle de prendre sa vie en main. Sans bien en mesurer tous les dangers, elle échafaude un plan… Comment résister à l’appel de la terre natale ?



Avis de Cyrlight




C'est avec Le cri de la terre que se conclut la trilogie du Nuage blanc. Après Gwyneira et Hélène, après Elaine et Kura, nous suivons la toute dernière génération de cette grande famille à travers les personnages de Gloria, Lilian et Jack.

Si les deux premiers tomes avaient des défauts évidents, ils sont encore plus marqués dans ce troisième opus. Un style toujours aussi horripilant en matière de répétition, des personnages secondaires toujours aussi négligés, et surtout un manque d'originalité encore plus flagrant.

Si Le pays du nuage blanc et Le chant des esprits partageaient des intrigues similaires, Le cri de la terre, quoique plus sombre, répète à l'identique le schéma de ses prédécesseurs. Deux héroïnes sont mises en scène, et sur les deux, l'une va s'en sortir relativement bien tout du long (Gwyneira/Kura/Lilian), tandis que l'autre affrontera malheur et douleur avant de connaître une fin plus heureuse (Hélène/Elaine/Gloria).

Jusqu'à présent, la densité de l'œuvre et ses nombreux personnages ne posaient pas de gros problèmes, mais cette fois, tout est plus brouillon. La chronologie est confuse, avec des allers et retours en arrière, et il n'est parfois pas aisé de se repérer dans le temps.

Même l'espace diffère beaucoup. L'histoire, jusqu'ici centrée en Nouvelle-Zélande, s'éparpille aux quatre coins du monde. Si cela permet de mettre en avant une sombre réalité historique (la Première Guerre Mondiale, et plus précisément Gallipoli), le lecteur habitué aux vastes pâturages des Canterbury Plains se sent dépaysé.

Quant aux personnages, ils souffrent toujours d'un manque de profondeur qui fait que l'on peine à s'attacher à eux. Charlotte, par exemple, m'a donné l'impression de n'être là que pour occuper l'intrigue de Jack jusqu'au retour de Gloria, même si ce sentiment a dû être quelque peu renforcer par la quatrième de couverture qui laissait présager une histoire entre ces deux personnages.

En parlant de cette jeune héroïne, d'ailleurs, ses choix ne semblent pas toujours très cohérents. Elle déteste la vie que ses parents lui imposent depuis qu'elle a quitté Kiward Station, mais pour y échapper, elle n'hésite pas à faire le choix de la prostitution, même si c'est d'abord avec un soupçon de naïveté. Ce qui m'a le plus déroutée, c'est que malgré la richesse de sa famille, elle n'a pas, à un seul moment, évoqué la possibilité de leur voler de l'argent ou n'importe quoi d'autre pour négocier une traversée.

Enfin, l'histoire entre Lilian et Ben est mièvre à souhait, digne d'un roman à l'eau de rose. Il n'y avait d'ailleurs aucun suspens de ce côté-là, puisque Sarah Lark a pour fâcheuse habitude de réunir ses personnages par miracle. Jusque-là, ils se retrouvaient par le plus grand des hasards à l'autre bout du pays, mais cette fois, c'est à l'autre bout du globe que réapparaît le soupirant de Lilian, rencontré en Angleterre.

C'est sans regret que s'achève cette trilogie du Nuage Blanc, car si les deux premiers tomes, sans être exempts de défauts, étaient plutôt agréables dans leur ensemble, la trame de celui-ci est attendue, dépourvue d'originalité, avec de plus grosses facilités scénaristiques que les précédents. Il était plus que temps que tout cela se termine !

vendredi 1 septembre 2017

Cesare T.1

Titre : Cesare T.1
Auteur : Fuyumi Soryo
Édition : Ki-oon
Pages : 192
Note : 5 / 5
Naïf et studieux, Angelo da Canossa n'est guère armé pour la vie d'étudiant à l'université de Pise, un lieu d'intrigue et de tensions dans l'Italie de la Renaissance. Son innocence résistera-t-elle à la rencontre de Cesare Borgia, rejeton d'une famille à la réputation sulfureuse, dont le père est sur le point d'accéder au Saint-Siège ? Rivalités entre les différentes factions de l'université, dangers de la vie quotidienne de l'époque, machinations politiques et luttes fraticides, il va partager les années de formation d'un des personnages les plus fascinants de l'Histoire, qui a récemment inspiré pas moins de deux séries télévisées.



Avis de Cyrlight



Cesare est un manga qui retrace la vie trépidante et controversée de la grande figure italienne qu'était Cesare Borgia, fils du pape Alexandre VI, mais à travers les yeux d'un personnage étranger à l'Histoire, le jeune Angelo Da Canossa.

Cette œuvre est une pure merveille. Commençons par les dessins, qui sont d'une beauté à couper le souffle. Ils fourmillent de petits détails et sont d'une précision et d'une justesse incroyable. Ils sont d'autant plus importants qu'ils accaparent parfois une, voire deux pages entières, sans qu'une ligne de dialogue les accompagne. Ce n'est d'ailleurs pas utile, puisqu'ils parlent d'eux-mêmes.

En ce qui concerne la partie historique, et bien que je ne puisse attester complètement de sa véracité, un travail de recherches pointu à l'air d'avoir été entrepris par l'auteur, afin de calquer au mieux la réalité. Ce manga nous offre bon nombre d'informations digne d'un cours d'histoire.

C'était d'ailleurs ce que j'appréhendais un peu, au début. Je craignais de trouver une sorte de documentaire froid et peut-être même un peu ennuyeux, dans la lignée des Borgia de Dumas, alors que c'est tout le contraire. Tout du long, l'Histoire s'entremêle à la perfection avec l'histoire des personnages. Si l'on apprend des choses, on rit aussi beaucoup et on s'attache aux personnages.

Angelo, ce doux naïf, fait ses débuts à l'université de la Sapienza grâce à Lorenzo de Medicis, et rencontre d'ailleurs l'illustre fils de celui-ci, Giovanni. Assez ambigu, car il semble alterner entre la fierté et la bienveillance, il est le moins intriguant des protagonistes. Il faut admettre que l'ombre que projette Cesare autour de lui est grande.

Beau, ténébreux et mystérieux, il est difficile de ne pas succomber à son charme dès l'instant où il apparaît, monté sur son cheval et tout de noir vêtu. Il fascine aussitôt grâce à sa majesté que les dessins ont su parfaitement faire ressortir. Miguel, son bras droit, est plus nuancé. À la fois digne acolyte de Cesare, il n'en demeure pas moins un individu simple et hilarant par moments.

Vous l'aurez compris, ce manga est assurément un énorme coup de cœur, à la fois dense et léger, drôle et profond... Il n'y a pas un défaut à lui reprocher qui puisse contrebalancer quelque peu toutes ses qualités. Amateurs d'Histoire ou non, n'hésitez pas à vous jeter dessus si vous le croisez en librairie.


Coup de ♥ 

mardi 29 août 2017

Le chant des esprits

Titre : Le chant des esprits
Auteur : Sarah Lark
Édition : Archipoche
Pages : 800
Note : 3 / 5
En 1852, Hélène et Gwyneira ont quitté l’Angleterre pour venir s’installer en Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, au crépuscule d’une vie mouvementée, les deux pionnières, toujours liées par une amitié indéfectible, s’inquiètent pour leurs petites-filles, Elaine et Kura, deux cousines que tout oppose. Belle mais capricieuse, Kura possède une voix magnifique. Portée par la perspective d’une carrière internationale, elle refuse d’assumer son rôle d’héritière de Kiward Station, le domaine familial, pour se consacrer au chant. Lorsque Kura rencontre William, le fiancé d’Elaine, ce dernier tombe aussitôt sous le charme de la jeune métisse. Dès lors, le charme couve…



Avis de Cyrlight




Après avoir suivi les aventures de Gwyneira et d'Hélène dans Le pays du nuage blanc, ce sont à présent celles leurs petites-filles que nous découvrons dans Le chant des esprits, Lainie et Kura.

On ne retrouve pas seulement dans ce second tome la densité du premier, mais également ses qualités et ses défauts. Si les descriptions sont toujours aussi sublimes, les répétitions de l'auteur n'en sont pas moins pesantes. La richesse de l'histoire est encore au rendez-vous, mais conserve les mêmes faiblesses.

Tout comme dans le premier volume (si ce n'est davantage), les personnages secondaires sont négligés : les frères de Lainie sont à peine mentionnés, Jack n'apparaît qu'à de très rares occasions... Il est tout de même agréable de retrouver, même brièvement, les héros du Pays du nuage blanc, sauf peut-être Gwyneira.

Si tous semblent être restés fidèles à eux-mêmes, ce n'est pas son cas. J'ai eu du mal à la cerner tout du long. Comment elle, qui n'a jamais pu aimer Paul en raison de ses origines et qui a toujours paru posséder une certaine fierté, peut-elle s'incliner de la sorte face à la capricieuse Kura ? Comment peut-elle surtout lui porter une telle affection alors que la jeune fille est aussi exécrable que son père ?

L'histoire, bien qu'aussi riche et intéressante que la précédente, manque un peu d'originalité. Certains passages sont très plaisants (notamment la vie de Lainie dans l'établissement de Mme Clarisse, les efforts de Tim pour l'apprivoiser ou encore la réconciliation progressive des deux cousines) et d'autres trop peu développés. Je pense notamment aux retrouvailles entre Zoé et Lainie, desquelles j'attendais beaucoup quand j'ai vu ressurgir la première nommée, mais qui s'achèvent finalement aussi vite qu'elles sont survenues.

Pour rebondir là-dessus, les heureux hasards déjà présents dans le tome 1 le sont également dans celui-ci. Les personnages finissent toujours tôt ou tard par se retrouver au même endroit, au même moment, si bien qu'on voit venir ces éléments de l'intrigue longtemps à l'avance.

L'originalité n'est pas transcendante non plus, puisqu'il est facile de faire de gros parallèles avec Le pays du nuage blanc. L'une des héroïnes contracte un mariage malheureux avec un mari brutal (Hélène/Elaine... Tiens, tiens !), l'un(e) des protagonistes s'enfuit après avoir commis un meurtre (Paul/Elaine), la happy end où tout le monde se retrouve après quelques centaines de pages de pérégrinations...

C'est donc une histoire qui, comme la précédente, se laisse lire plutôt agréablement, mais qui souffre d'un style toujours aussi pesant et de rebondissements attendus. Contrairement au dépaysement, le suspens n'est pas au rendez-vous.