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mardi 5 mars 2019

Call me by your name

Titre : Call me by your name
Auteur : André Aciman
Édition : Le Livre de Poche
Pages : 320
Note : 4.5 / 5
Elio Perlman se souvient de l’été de ses 17 ans, à la fin des années quatre-vingt. Comme tous les ans, ses parents accueillent dans leur maison sur la côte italienne un jeune universitaire censé assister le père d’Elio, éminent professeur de littérature. Cette année l’invité sera Oliver, dont le charme et l’intelligence sautent aux yeux de tous. Au fil des jours qui passent au bord de la piscine, sur le court de tennis et à table où l’on se laisse aller à des joutes verbales enflammées, Elio se sent de plus en plus attiré par Oliver, tout en séduisant Marzia, la voisine. L’adolescent et le jeune professeur de philosophie s’apprivoisent et se fuient tour à tour, puis la confusion cède la place au désir et à la passion. Quand l’été se termine, Oliver repart aux États-Unis, et le père d’Elio lui fait savoir qu’il est loin de désapprouver cette relation singulière…
Quinze ans plus tard, Elio rend visite à Oliver en Nouvelle-Angleterre. Il est nerveux à l’idée de rencontrer la femme et les enfants de ce dernier, mais les deux hommes comprennent finalement que la mémoire transforme tout, même l’histoire d’un premier grand amour. Quelques années plus tard, ils se rendent ensemble à la maison en Italie où ils se sont aimés et évoquent la mémoire du père d’Elio, décédé depuis.


Avis de Cyrlight



Call me by your name, également publié sous le titre Appelle-moi par ton nom ou encore Plus tard ou jamais, est un roman d’André Aciman dans lequel le protagoniste, Elio, retrace l’été de ses dix-sept ans, marqué par son histoire avec Oliver, un étudiant américain hébergé par ses parents pendant six semaines.

Je ne vais pas mâcher mes mots : j’ai eu un énorme coup de cœur pour ce roman. Il n’est pas exempt de défauts, et certains passages m’ont même déplu, comme j’y reviendrai plus bas, mais dans l’ensemble, il m’a bouleversée. J’irais même jusqu’à affirmer que c’est la seule histoire dont Picsou n’est pas le héros qui a réussi à me tirer des larmes.

Le style de l’auteur est excellent, quoique parfois complexe. Il ne faut pas décrocher un seul instant, car la narration suit les pensées d’Elio et les retranscrit parfaitement grâce à un style décousu, où ses réflexions s’enchaînent les unes à la suite des autres avec un réalisme troublant.

Le scénario en lui-même est poignant. Dès le début, on se laisse happer par les regards glissants et les conversations détournées que s’échangent Elio et Oliver. Je crois que ce qui m’a le plus interpellée dans ce roman, c’est à quel point il est facile de s’identifier aux réactions du protagoniste. Ses questionnements, ses ressentis, ses désirs... À maintes reprises, je me suis reconnue à travers cela, alors que ce n’est pourtant pas un personnage qui m’est particulièrement proche.

J’ai eu en revanche plus de mal à accrocher aux personnages secondaires, que j’ai trouvé assez fades dans l’ensemble, à l’exception de l’adorable Vimini, ainsi qu’au milieu dans lequel ils évoluent. Cette maison où tout le monde est toujours le bienvenu, où les gens sont tous plus serviables les uns que les autres... Un cadre de vie si idyllique qu’il en paraît ennuyeux à mes yeux, mais peut-être est-ce précisément le sentiment que l’auteur cherchait à faire passer.

Si l’évolution progressive de la relation entre Elio et Oliver m’a absolument conquise, je n’en dirais pas autant de la troisième partie de l’œuvre, qui m’a assez déroutée. Un euphémisme pour ne pas dire que je l’ai détestée. Je conçois l’importance de ce passage qui expose le couple formé par Elio et Oliver à un autre contexte, plus public, mais cela ne change rien à mon opinion. Les longues explications sur le poème du syndrome de San Clemente, les histoires sur la Thaïlande, les conversations interminables... En fait, et je crois que c’est cela qui m’a déplu, j’ai trouvé Elio et Oliver bien trop écrasés par ce qui se déroule autour d’eux, alors qu’ils étaient jusque-là au cœur même de l’intrigue.

La quatrième partie, en revanche, est superbe. Pendant de nombreuses pages, je me suis questionnée sur la véritable nature des sentiments d’Oliver, qui s’éloigne progressivement d’Elio au point de ne même pas réagir lorsque celui-ci l’appelle par son nom. Finalement, l’auteur joue sur l’ambiguïté, puisqu’on finit par découvrir que cette indifférence n’est qu’une façade, et on ne peut avoir qu’un goût de gâchis en bouche à la pensée de cette « vie parallèle » que les deux protagonistes auraient pu vivre s’ils avaient fait d’autres choix (en particulier Oliver).

Je crois que le roman n’aurait pas pu se terminer de plus belle façon que par la phrase qui le conclut, et qui résume quasiment à elle seule toute l’histoire, celle d’un amour éphémère dont le souvenir a pourtant survécu, aussi fort et aussi intense, aux affres du temps.

Call me by your name, c’est un hymne au désir, une ode à la fois poétique et sensuelle, bien que certains passages soient parfois si crus qu’ils ont réussi à me mettre mal à l’aise. Il flotte aussi entre ces pages un parfum de mélancolie, celui du premier amour, qui nous frappe en plein cœur.

En conclusion, ce livre est un petit bijou qu’il faut lire impérativement. En dépit des points négatifs que j’ai relevés ci-dessus (et qui n’engagent que moi), j’en garderai un souvenir impérissable, car je n’ai lu que peu d’histoires qui m’ont autant touchée que celle-ci.


Coup de ♥ 

jeudi 30 août 2018

La désobéissance

Titre : La désobéissance
Auteur : Naomi Alderman
Édition : Le Livre de Poche
Pages : 336
Note : 2 / 5
Insolente, rebelle, Ronit a quitté l'Angleterre et la communauté juive orthodoxe à dix-huit ans, direction New York. Refusant de se plier au destin tout tracé de mère de famille et d'épouse, elle a désobéi à son père, le grand Rav Krushka. À la mort de ce dernier, quinze ans plus tard, Ronit est rappelée auprès de sa famille à Hendon. Elle retrouve Esti, qui fut sa petite amie, et son cousin Dovid. Eux n'ont pas désobéi. Dovid, choisi par Rav Krushka dès son adolescence pour être son successeur, est devenu rabbin presque malgré lui. Esti a nié son attirance pour les femmes et suivi les préceptes de la Torah : elle a épousé Dovid... sans cesser d'aimer Ronit. Le retour de l'enfant maudite dans ce monde replié sur lui-même va provoquer une onde de choc.



Avis de Cyrlight




La désobéissance a pour héroïne Ronit, une trentenaire qui a passé son enfance dans une communauté juive orthodoxe, avant de couper les ponts. Son cousin Dovid la contacte toutefois à la mort de son père, le Rav Krushka, et elle quitte les États-Unis pour l’Angleterre, où elle retrouve son ancienne petite amie Esti, désormais mariée.

Fan de Rachel Weisz et de Rachel McAdams, j’ai décidé de lire ce livre avant de voir l’adaptation cinématographique (que je n’ai pas encore eu l’occasion de visionner). Il est rare que je dise cela, mais j’espère que le film sera meilleur, car le roman ne m’a absolument pas plu.

Déjà, pour se lancer dans la lecture, il est sans doute préférable d’être de religion juive ou d’avoir de solides connaissances en la matière, parce que le début m’a plus d’une fois perdue en chemin, entre les nombreux termes spécifiques et les traditions. Par exemple, la scène où Esti met du beurre dans la casserole et qui revêt presque une tournure dramatique : eh bien, il m’aura fallu attendre de lire le mot « casher » pour comprendre plus ou moins de quoi il en retournait.

En ce qui concerne l’histoire en elle-même, il ne faut pas s’attendre à une romance, car on en est très loin. Tout est axé autour de la foi, de la pratique religieuse… En tant qu’agnostique, je m’attendais à beaucoup de questionnements, mais finalement, non. Tout au plus a-t-on une critique de la rigidité de l’orthodoxie juive, à travers l’émancipation de Ronit, mais la croyance divine n’est jamais mise en doute, comme le prouve la toute dernière phrase du livre.

Et puisqu’il est question de Ronit… C’est sans doute le personnage que j’ai le moins apprécié, essentiellement parce que j’ai eu du mal à comprendre ses actions et ses motivations. Le fait qu’elle se présente tout au long du roman comme homosexuelle, notamment, me gêne dans le sens où ses deux liaisons les plus évoquées sont, l’une certes avec une femme, mais l’autre avec un homme marié. Il aurait été par conséquent plus logique de la part de l’auteur de la décrire comme étant bisexuelle.

Idem pour la scène où elle repousse les avances d’Esti, tout cela pour lui offrir quelques jours plus tard des hortensias et finir dans son lit. Est-ce qu’elle l’aimait vraiment ? Est-ce qu’elle a simplement voulu assouvir une pulsion charnelle ? Rien de cela n’est développé. Quant aux sentiments d’Esti, s’ils sont plus clairs (que ce soit son attirance refoulée pour les femmes ou son amour indéfectible pour Ronit) me font me questionner sur son choix final. Le seul personnage pour qui j’ai conservé ma sympathie du début à la fin est Dovid, un brave homme patient et attentionné, dépourvu de toute ambition.

Ce roman me laisse perplexe et je ne comprends pas son objectif. J’ai d’abord cru que Ronit avait dû quitter la communauté à cause de sa liaison avec Esti, or il s’avère que personne n’était au courant. Ce n’est que quand toutes ces femmes, pourtant des modèles de piété, cèdent au « lechon ha-ra » que la rumeur commence à se propager, et même lorsque la vérité éclate au grand jour, cela n’a finalement que peu de répercussion.

Pire, c’est à se demander à quoi cela a servi. À nous dire qu’Esti préfère renier ce qu’elle est au plus profond d’elle-même parce qu’elle estime être heureuse ainsi, en étouffant sa véritable nature ? Cette résignation trop conventionnelle n’est assurément pas pour me plaire. M’enfin, ce livre pourra sûrement séduire des lecteurs qui n’auront pas les mêmes attentes ou exigences que moi.

mercredi 11 avril 2018

Les Nombrils T.7 : Un bonheur presque parfait

Titre : Les Nombrils T.7 : Un bonheur presque parfait
Auteur : Delaf et Dubuc
Édition : Dupuis
Pages : 52
Note : 5 / 5
Pour Vicky, le bonheur est total : ses parents la préfèrent enfin (!) à son insupportable grande sœur Rebecca, elle sort avec James, beau jeune homme promis au plus bel avenir, et le barbecue familial de fin d'été lui permet d'afficher son insolente réussite à la face de tous les voisins. Quant à Jenny, elle connaît un double bonheur : avec le musculeux Jean-Franky, elle a les tablettes de chocolat ; avec le gentil Hugo, elle a les attentions de chaque instant. Karine, elle, a une nouvelle passion et ce n'est pas un garçon : son groupe de musique vient d'être signé par un gros producteur, et son seul léger souci est de remonter le moral à Albin, leader de la formation, qui est en pleine dépression depuis les événements tragiques de l'été (et du tome 6). Mais la vie est cruelle et le bonheur fragile, surtout quand on triche avec ses propres sentiments. Heureusement qu'il reste l'amitié...


Avis de Cyrlight



Comme l'indique le titre de ce septième tome des Nombrils, Un bonheur presque parfait, tout semble aller pour le mieux. Karine s'épanouit avec le groupe des Albinos, Jenny a trouvé son alter-égo masculin en la personne de Jean-Franky, aussi beau que stupide, et Vicky a supplanté sa sœur dans le cœur de ses parents depuis qu'elle fréquente James, le fils des voisins.

Pourquoi « presque », dans ce cas ? Parce qu'en réalité, tout n'est qu'illusion. Albin sombre dans une profonde dépression et néglige son groupe depuis les événements survenus avec Vinko, et lorsqu'il se reprend en main, c'est Karine qui est bouleversée par l'horrible vérité qu'elle découvre au sujet de leur relation, au point de ne plus savoir ce qu'elle désire réellement.

Jenny mène une double-vie et dissimule derrière le couple qu'elle forme avec Jean-Franky sa relation avec Hugo, un adolescent en surpoids dont elle n'estime pas le physique a plus de 2/10, mais dont elle apprécie la gentillesse, la sollicitude et la sincérité.

Vicky, quant à elle, a ce dont elle a toujours rêvé : la reconnaissance de ses parents et l'ascendant sur son aînée Rebecca. James est l'homme parfait aux yeux de sa famille... mais pas aux siens. Après lui avoir fait croire qu'elle partageait ses goûts, elle est obligée de les subir, tout en luttant contre son attirance pour Mégane, la sœur de James.

Même si les thèmes abordés dans ce tome ne sont pas aussi noirs que ceux du précédent (en même temps, difficile de faire pire qu'un serial killer), ils n'en demeurent pas moins très durs : l'homophobie, l'alcoolisme, la pression sociale... Le tout traité avec beaucoup de pédagogie et un sérieux qui réussit l'exploit de cohabiter brillamment avec l'humour.

Les Nombrils ne sont plus la BD caricaturale et hilarante de leurs débuts. Elles sont toujours drôles, certes, mais le drame, qui s'est immiscé petit à petit dans la vie du trio, est désormais omniprésent. La peine se joint aux rires, et Jenny et Vicky, loin des soupirs exaspérés qu'elles arrachaient au début, inspirent maintenant la compassion.

Que dire de plus si ce n'est que cette série est vraiment une pépite ? Je déplore vraiment de voir que des gens abandonnent la lecture après les deux-trois premiers tomes, alors que la suite recèle un véritable trésor de profondeur et d'émotions. Merci à Delaf et Dubuc pour leur chef-d'œuvre.


Coup de ♥